“Damn” de Kendrick Lamar : un album peut en cacher un autre

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L‘album du prodige de Compton, quatrième opus après Section.80 ; Good Kid, M.A.A.D City et To Pimp A Butterfly a été certifié Disque de Platine en 3 semaines seulement et s’est aujourd’hui écoulé à presque 2 millions d’unités. Ce quatrième album est cependant bien plus qu’un record de vente international. 

 

Plus de six mois après sa sortie, l’album ayant fait collaborer plusieurs artistes et beatmakers tels que Rihanna (“Loyalty”) ou Mike Will Made-It (“DNA”, “HUMBLE” et “XXX”) résume à lui-seul le rap narratif, politique et philosophique que développe Kendrick Lamar depuis Good Kid M.A.A.D City, son deuxième album sorti en 2012. En sortant un album éminemment  politique, il se fait notamment le porte-voix du mouvement Black Lives Matter en dénonçant les violences et injustices subies par la communauté afro-américaine et critiquant ouvertement Donald Trump et la chaine Fox News, dont il sample deux extraits sur son dernier album.


  • Histoire d’un titre :

Dans “BLOOD“, Kendrick raconte avoir voulu aider une vieille dame aveugle dans la rue, qui l’a par la suite abattu (ça annonce tout de suite le sujet) : “Il me semble que vous avez perdu quelque chose, j’aimerai vous aider à le retrouver” La vieille femme lui répond : “Oh oui tu as perdu quelque chose. Tu as perdu ta vie” avant de lui tirer dessus.

Bilan : “Est-ce de la méchanceté ? Est-ce de la faiblesse ? Allons-nous vivre ou mourir ?”

Le morceau se fini sur un extrait d’un reportage de FOX News critiquant la performance de Kendrick Lamar au BET Awards 2015 avec sa chanson “Alright” suite à son point de vue sur les violences policières.


Pour la petite histoire entre K-Dot et la chaine pro Trump, leur journaliste Geraldo Rivera avait dit du rappeur qu’il avait “causé plus de dommages aux jeunes afro-américains que le racisme lui-même, ces dernières années”.

Un album, deux écoutes : 

As du storytelling, Lamar raconte des histoires mais surtout la sienne, avec certaines plus surprenantes les unes que les autres. Damn reprend cette recette avec des clins d’oeil, des énigmes à déchiffrer et de codes à décoder avec cet album qui présente deux parties lors d’une première écoute. La première, de BLOOD à HUMBLE développe une histoire de vengeance et de courage, la seconde, de LUST à DUCKWORTH représente une charge et une critique contre l’Amérique. C’est à la fin du dernier morceau de cette tracklist, DUCKWORTH (nb : qui se révèle être le nom de famille de Kendrick), que le son de l’album se rembobine à la manière d’une cassette audio.

Cet indice nous indique que l’album est en réalité un double album comportant deux significations, deux histoires, celle du rappeur de 30 ans surpassant ses vices et ses faiblesses et celle qu’aurait pu avoir Kendrick si AnthonyTop DawgTiffith, son actuel manager, avait tué son père quelques années auparavant. Les spéculations sur la sortie d’un deuxième album quelques jours après la sortie du premier avait en effet une part de vraie, sauf que ce deuxième album était déjà là, sous nos yeux avec les mêmes morceaux.

 

En écoutant plus attentivement l’album de “BLOOD” à “DUCKWORTH”, deux titres qui marquent le même marqueur temporel que sont les rembobinages, nous suivons l’histoire d’un homme résistant aux vices et dont la vie se balance entre le bien et le mal, à l’image de celle du natif de Californie. Quand l’album est joué de “DUCKWORTH.” à “BLOOD.”, le contexte change et nous nous retrouvons face à un homme dont la luxure et sa fierté prennent le dessus sur la loyauté. Le morceau “HUMBLE” symbolise à lui seul le point de bascule pour ces deux histoires. Un titre faisant résonner la foi du chanteur à travers le message tiré de la Bible “So humble yourselves before God. Resist the devil, and he will flee from you.”, littéralement “Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous”.


  • Histoire d’un titre :

Le titre “DUCKWORTH” parle de la rencontre entre un certain Kenny “Ducky” Duckworth (alias le père de Kendrick) et Anthony “Top Dawg” Tiffith, le patron du label TDE. Une rencontre qui a failli terminer en drame. En effet, Kenny, à l’époque travaillant dans un KFC voit un homme faisant irruption dans le fast food pour fuir les policiers, cet homme était Top Dawg. Ayant l’habitude de gérer les “Gangstas” du coin, Ducky offrit  donc des Chickens au gangsta qui se pointait afin de l’avoir à la bonne. Anthony l’a apprécié et l’a épargné. Le morceau se termine sur cet évènement qui aurait pu radicalement changer la vie de Kendrick Lamar et de la nouvelle génération du rap.

“Faites attention, cette décision a changé leur vie à tous les deux
Une malédiction à la fois, inversé le manifeste et le bon karma et je vais te dire pourquoi
Tu prend deux étrangers et les met dans des situations difficiles
Donne leur une âme pour qu’ils puissent faire leurs propres choix et vivre avec
20 ans plus tard ces étrangers pourraient à nouveau se rencontrer à l’intérieur d’un studio d’enregistrement où ils récoltaient leurs bénéfices
Puis ils se rappelleront de cet incident au KFC
Qui aurait pu croire que le plus grand rappeur serait issu d’une coïncidence
Parce que si Anthony avait tué DuckyTop Dawg aurait pu plonger à vie
Pendant que j’aurai grandi sans père et serais mort dans une fusillade.”


L’album se termine alors sur un coup de fusil, rembobine et reprend au premier morceau “Blood” offrant une nouvelle interprétation et une deuxième histoire à cet album.

So I was taking a walk the other day

 

Les crédits de la production de l’album :

1. “BLOOD” (prod. by Bekon & Anthony “Top Dawg” Tiffith)
2. “DNA” (prod. by Mike WiLL Made-It)
3. “YAH” (prod. by Anthony “Top Dawg” Tiffith, DJ Dahi, Bekon & Sounwave)
4. “ELEMENT” (prod. by Bekon, James Blake, Ricci Riera, Sounwave & Tae Beast)
5. “FEEL” (prod. by Sounwave)
6. “LOYALTY” (prod. by Terrace Martin, Sounwave, Anthony “Top Dawg” Tiffith & DJ Dahi)
7. “PRIDE” (prod. by Bekon, Anthony “Top Dawg” Tiffith & Steve Lacy)
8. “HUMBLE” (prod. by Mike WiLL Made-It & Pluss)
9. “LUST” (prod. by Sounwave, DJ Dahi, & BADBADNOTGOOD)
10. “LOVE” Feat. Zacari (prod. by Sounwave, Teddy Walton, Greg Kurstin & Anthony “Top Dawg” Tiffith)
11. “XXX” Feat. U2 (prod. by Mike WiLL Made-It, Anthony “Top Dawg” Tiffith, Bekon, DJ Dahi & Sounwave)
12. “FEAR” (prod. by The Alchemist)
13. “GOD” (prod. by Cardo, Ricci Riera, Sounwave, DJ Dahi, Anthony “Top Dawg” Tiffith & Bekon)
14. “DUCKWORTH” (prod. by 9th Wonder & Bekon)

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